RDC – PÊCHE : BIENTÔT LA FIN DE L’ANNÉE, OÙ SONT LES POISSONS PROMIS PAR LE CHEF DE L’ÉTAT ?
Malgré les millions de dollars engagés dans l’acquisition des bateaux de pêche, la production nationale attendue tarde à se concrétiser. Entre les insuffisances techniques évoquées par le ministère, les interrogations soulevées par une expertise indépendante et une question orale avec débat adressée au ministre, le dossier devient un véritable test de redevabilité.
Lancé sous le gouvernement SUMINWA 1, le programme d’acquisition des bateaux de pêche devait permettre à la République démocratique du Congo d’accroître sa production halieutique et de réduire sa dépendance aux importations. Une ambition légitime, mais dont les résultats demeurent difficiles à mesurer au regard des difficultés de mise en exploitation rapportées par les autorités.
Le 16 septembre dernier, le Ministre de la Pêche et de l’Élevage Son Excellence Monsieur Jean Pierre TSHIMANGA BUANA a reconnu plusieurs insuffisances dans la préparation du projet, notamment concernant les équipements de pêche, la chaîne du froid et les contraintes liées aux conditions de navigation.
Selon le compte rendu de la 87ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres, tenue le 24 avril 2026, le ministère de la Pêche et de l’Élevage avait sollicité trois sociétés pour évaluer la capacité de navigation maritime et la rentabilité économique des bateaux fabriqués en Égypte. Seule Mercure Logistics avait répondu favorablement à cette demande d’expertise.
Ses conclusions ont notamment établi que les embarcations concernées étaient des senneurs, destinés à la capture de poissons pélagiques jusqu’à une profondeur de 200 mètres, et non des chalutiers, dont les capacités d’exploitation peuvent atteindre des profondeurs plus importantes. À la suite de la présentation des éléments préalables à leur mise en service par le ministre, le Conseil des ministres a adopté le dossier.
À la suite de nos investigations, lors de cette même réunion du Conseil des ministres, Mercure Logistics avait proposé trois bateaux chalutiers accompagnés de l’ensemble de la chaîne du froid, à un prix raisonnable. Cette proposition, approuvée par le Conseil des ministres, prévoyait que les premières livraisons de poissons interviennent deux mois après la livraison des équipements. Le ministre était ainsi appelé à assurer le suivi de cette proposition afin de permettre sa concrétisation.
Six mois plus tard, où en sommes-nous avec cette proposition approuvée en Conseil des ministres ? Quelles dispositions le ministre a-t-il prises pour sa mise en œuvre et où sont les poissons annoncés dans ce délai ?
L’établissement YETU a bénéficié d’un soutien technique et financier du Fonds de promotion de l’industrie (FPI) pour contribuer à la mise en service des bateaux. Pourtant, nos investigations sur le terrain révèlent un constat catastrophique : les unités concernées ne sont toujours pas opérationnelles.

Le ministre reconnaît des insuffisances techniques et logistiques, notamment concernant la chaîne du froid. Mais où en est son installation ? Quelles solutions ont été retenues pour adapter les équipements de pêche et corriger les difficultés de conception des navires ?
Autre interrogation majeure : quels montants le FPI a-t-il mobilisés au bénéfice de YETU, pour quelles opérations et avec quels résultats ? Cette situation exige des justifications précises sur l’utilisation des financements et les mesures prises pour rendre enfin ces bateaux opérationnels. Si l’expertise sollicitait devait éclairer la mise en service des bateaux, quelles recommandations ont été appliquées et quelles mesures correctives ont été engagées ?
Notre descente sur le terrain révèle une absence d’avancement tangible et soulève des interrogations sur l’adaptation des filets aux conditions réelles d’exploitation.
Le 9 octobre 2026, le député national Pacquis NGANINI ATABAKUTUBA a adressé une question orale avec débat au ministre de la Pêche et de l’Élevage. Il souhaite notamment obtenir des éclaircissements sur le coût de l’opération, le choix des fournisseurs, le nombre de bateaux effectivement réceptionnés, les délais de mise en exploitation et les infrastructures nécessaires à la conservation des produits halieutiques.
Car au-delà des controverses sur les choix techniques du gouvernement précédent, c’est la gestion actuelle du dossier qui doit être évaluée : quelles mesures le ministre a-t-il prises depuis son arrivée à la tête du ministère ? Quels résultats peut-il présenter ? Et dans quels délais les investissements consentis permettront-ils d’accroître effectivement l’approvisionnement du marché congolais ?
La sécurité alimentaire figure parmi les enjeux majeurs du développement de la RDC. L’investissement dans la pêche devait contribuer à cet objectif en augmentant la production locale et en améliorant la disponibilité du poisson pour les ménages. Pourtant, entre les annonces, les expertises et les explications administratives, le citoyen attend toujours des preuves tangibles de l’impact de ce programme sur son quotidien.
À défaut, le risque est de voir un investissement destiné à soutenir la vision présidentielle devenir le symbole d’un décalage persistant entre les ambitions gouvernementales et leur exécution.
✍ K. Jeonissi
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Émission « Grand Entretien »
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